Allaiter à tout prix !

Voici le témoignage de Perrine, maman de 4 enfants. Elle nous fait part de son expérience en allaitement fort différente en fonction de ses bébés. Le seul point commun est qu’elle voulait allaiter coûte que coûte. Elle a fait preuve de ténacité, de courage et de persévérance !

Bravo Perrine et merci pour ce témoignage Clignement d'œil

 

Deux premiers allaitements sereins

Allaitement Raphael GoetterJ’ai allaité mes deux premiers enfants avec bonheur et facilité pendant 20 mois chacun. Je n’étais pas particulièrement formée (même si le livre de Marie Thirion était mon livre de chevet), je n’avais pas d’idée précise de la durée de l’allaitement que je voulais vivre avec mon enfant. L’allaitement me paraissait simplement la continuité de la grossesse et le meilleur moyen de faire connaissance avec mon enfant. Je n’ai pas connu de difficulté particulière, outre les petites maladresses et inquiétudes des premiers jours, vite oubliées et balayées grâce aux bons conseils du personnel soignant de la maternité dans laquelle mes aînés sont nés. Malgré deux césariennes,  réputées pour ne pas favoriser l’allaitement, les conseils de l’équipe bien formée allant tous dans le même sens (peau à peau, détente, bonnes positions, pas de complément de lait maternisé),  tout s’est bien passé.

Je sais allaiter, pourquoi mon 3ème bébé ne  tète-t-il pas ?

Quand nous avons attendu notre troisième enfant, je n’avais donc aucune inquiétude, je me disais que tout allait bien se passer, car je « savais » allaiter. J’avais juste oublié que nous sommes deux dans un allaitement et que le bébé, lui, même s’il sait instinctivement comment se comporter, peut être perturbé et perdre ses repères. En outre, j’avais déménagé et ma nouvelle maternité avait très mauvaise réputation concernant l’allaitement.

Notre troisième enfant est né, toujours par césarienne. Notre projet de naissance n’a pas été respecté. Cette fois, l’anesthésie a été très forte et mon bébé a été très endormi et ce durant un mois. Il dormait tout le temps et ne demandait pas à manger. On ne m’a pas amené mon enfant en salle de travail comme cela avait été fait pour les grands et comme je le demandais.

Très vite, j’ai compris que l’allaitement débutait mal, mon bébé ne tétait pas activement. Il ne prenait pas correctement le sein, il collait sa langue au palais au lieu de la positionner en gouttière, sous le sein.

J’ai immédiatement demandé de l’aide mais le personnel était démuni et inefficace quand il ne sabotait pas tout bonnement ces débuts difficiles.

Ces débuts chaotiques n’ont pas favorisé ma montée de lait tardive. J’ai commencé à douter et à paniquer car je savais qu’il fallait agir vite pour rectifier les choses. Le pédiatre ne m’a autorisée à sortir qu’à condition que le bébé prenne des compléments artificiels. J’ai vite demandé un tire-lait pour stimuler la lactation tout en continuant mes mises au sein inefficaces.

Dès le jour de ma sortie, j’ai téléphoné à une bénévole de la Leche League qui m’a conseillé de donner mon lait au biberon à mon bébé (en me demandant d’utiliser le calma de medela) pour qu’il reprenne du poids car plus il s’affaiblissait et plus il dormait.

J’étais absolument désespérée et je ne faisais que pleurer.

J’ai donc commencé à tirer mon lait (tout en favorisant les tétées, le peau à peau …) dans l’optique de finir par revenir à un allaitement exclusif. Je ne le savais pas mais mon enfant n’allait jamais réussir à téter.

Il a donc été « tire-allaité » pendant 7 mois.

Avec du recul, c’est la chose la plus belle et altruiste que j’aie jamais faite pour quelqu’un. Tirer son lait, contrairement à l’allaitement, n’apporte que contraintes et déplaisir. Je tirais mon lait toutes les trois heures nuit et jour alors que mon bébé dormait paisiblement 8 heures de suite. J’ai été atrocement frustrée par cet échec et c’est d’ailleurs la raison du faible écart entre notre troisième et notre quatrième (20 mois). Il fallait que je « répare » cette blessure.

J’ai vraiment beaucoup tenté de choses pour réussir à aider mon bébé à prendre le sein (orthophoniste spécialisée dans la rééducation de la succion et de la déglutition), ostéopathe … Finalement, mon enfant avait bien un souci de mobilité de la langue.

Il a désormais 4 ans et il est suivi par une orthophoniste depuis un an car il a de grosses difficultés d’articulations dues à une faible mobilité de la langue et des lèvres.

Après des débuts éprouvants, mon 4ème enfant a réussi à téter et tète encore !

Notre quatrième enfant a aujourd’hui plus de deux ans et elle tète toujours mais les débuts ont été très difficiles aussi.

J’avais pourtant pris les devants en étant très claire avec le personnel soignant avant la césarienne. Priorité devait être donnée à la réussite de l’allaitement et au rapprochement le plus étroit entre nous deux.

La césarienne a été plus compliquée que prévue : l’obstétricien a eu beaucoup de mal à extraire le bébé, il a dû employer des forceps et notre fille avait de grosses ecchymoses au niveau de la mâchoire et du dos. Le bébé a été placé en néonatologie (suspicion d’inhalation de liquide amniotique) ce qui s’est finalement révélé inutile.

Nous avons été séparées pendant deux longues journées, le personnel de néonatologie préférant lui donner de l’eau sucrée plutôt que mon colostrum !!!

Dès sa sortie de néonatologie, les difficultés ont commencé. Cette fois le bébé était très vif (pas endormi et « mou » comme notre troisième) et prenait le sein mais s’énervait très vite dans des crises de rage impressionnantes. Et on le comprend aisément quand on connait les conditions de sa naissance.

J’ai eu l’immense chance qu’une sage-femme, formée entre temps (DU de conseillère en allaitement) prenne le temps de bien me conseiller et me soutenir ce qui n’avait pas été fait la première fois. Je l’en remercie infiniment.

Elle a immédiatement mis en place une aide « matérielle » : une femme de ménage 4 heures par semaine pour me soulager et que je me concentre sur l’allaitement et mes autres enfants de 6, 4 et 2 ans, ce qui, avec du recul, m’a manqué pour notre troisième.

Allaitement DAL

La technique du DAL  : le bébé prend en même temps le lait du sein et le lait maternel tiré et mis dans un biberon relié à un tuyau.

Pendant trois mois, notre fille a été nourrie à la fois au sein et avec le DAL (comme sur la photo ci dessus).Cette technique s’est révélée plus efficace que les bouts de sein en silicone qui m’avaient été recommandée à la maternité. Mon bébé n’a jamais pris mon lait au biberon. La technique du DAL couplé au sein lui a permis de conserver son réflexe de succion. Parallèlement, elle était suivie par une kiné spécialisée et par une ostéopathe.

C’était un bébé aux besoins intenses qui a passé ses premiers mois à hurler quand elle n’était pas contre moi (donc en permanence en écharpe ou dans l’ergobaby). Tout mon entourage, excepté mon mari, me disait d’arrêter, que mes autres enfants pâtissaient de cette exclusivité.

Première victoire, après une séance assez intense avec l’ostéopathe, ma fille a rejeté elle-même le bout de sein en silicone. J’ai su qu’il fallait tenir bon et que le plaisir était proche. Vers ses trois mois, je me suis souvenue de son bleu dans le dos. J’avais remarqué qu’elle grognait ou se tortillait quand je levais un de ses bras pour l’habiller. Après une manipulation de l’ostéopathe elle a immédiatement réussi à ouvrir complètement la bouche et adieu le DAL (et merci pour tout!).

Allaitement Erell94

J’ai arrêté de tirer mon lait et l’allaitement est devenu aussi simple que pour mes grands.

Merci à cette sage-femme qui répondait à mes sms découragés et larmoyants, à mes questions perpétuelles.

©Erell94

Aujourd’hui à 28 mois, notre fille tète toujours quand bon lui semble, jour et nuit et il n’est pas question de sevrage autre que naturel.

Le mot d’Alexandra :

– Prévoir un projet de naissance pour la maternité. Les conditions de naissance vont influer sur le démarrage de l’allaitement. Faire en sorte que la naissance soit la plus respectée possible et surtout que le bébé soit posé sur votre ventre dès sa sortie (sauf urgence vitale) et ce le plus longtemps possible (au moins 20 minutes).

– Favoriser le peau à peau au minimum les 24 premières heures, avec la maman de préférence sinon avec le papa.

– Demander conseil au personnel formé à l’allaitement de la maternité. Si les réponses ne vous conviennent pas, contacter la leche league ! Des bénévoles formées sont à votre disposition !

– Demander de l’aide matérielle pour se reposer : parents, amis, voisins…, si vous avez plus de 3 enfants voir avec votre CAF si une aide financière est possible

– Comme l’a fait Perrine, ne pas baisser les bras ! Aller voir l’osthéopathe, le kiné ou d’autres professionnels.

 

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9 commentaires


  1. Bonjour,

    Ce témoignage est très émouvant ! Quelle ténacité. L’amour maternelle est infini et nous donne une volonté insoupçonnée pour faire le mieux pour notre enfant. Vous en êtes la preuve. Bravo et félicitations pour vos 4 allaitements ! Et merci de nous faire savoir qu’on peut toujours trouver une solution !

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  2. Bonjour,

    Bien que persuadée des vertus de l’allaitement maternel, je pense qu’il faut faire attention au « terrorisme » de l’allaitement à tout prix dont nous abreuvent quantité de personnes (je ne dis pas que c’est le cas de Perrine qui nous raconte sa propre histoire, personnelle et très touchante). Simplement, je pense qu’il vaut peut-être mieux donner le biberon mais être heureuse et en paix, que donner le sein et le faire sans âme! Lorsque j’ai eu mon garçon, je me suis mise la pression en la matière (dans ma tête il fallait absolument que j’allaite et le plus longtemps possible) sauf que ça ne s’est pas passé comme je l’avais prévu, j’ai connu des difficultés et surtout je n’aimais pas allaiter mais je me suis tout de même forcée à le faire en partie parce que c’était « bien » et pendant longtemps, je me suis culpabilisée d’éprouver cela. Mon bébé a très certainement pâti de toute la tension générée par mon ressenti. Si une mère est bien entourée et qu’elle aime donner le sein, alors je dis oui mais si elle n’aime pas, pour des raisons qui peuvent tenir à sa propre histoire, il vaut bien mieux à mon sens qu’elle donne le biberon avec bonheur et sans culpabilité. Les enfants ont besoin de parents zen et heureux n’est-ce-pas?

    Répondre

    1. Merci Carole pour ton commentaire tout à fait pertinent. Il faut essayer de faire des choix éclairés et en conscience en fonction de notre propre vérité.

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  3. Très beau témoignage encourageant. Pour l’instant, mon second allaitement ressemble à celui de ton 3ème (après celui de mon premier qui a duré un an avec bonheur !) mais je ne vais pas baisser les bras : RDV chez l’ostéopathe en espérant que cela améliore les choses + conseils avisés auprès de réunions d’allaitement / PMI ! Félicitations pour ces belles expériences (même si bien différentes …) en tout cas et ta ténacité 😉

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    1. Félicitation à toi aussi pour ta ténacité. Je croise les doigts pour toi. Tiens nous au courant. Merci pour ton commentaire.

      Répondre

  4. Bonjour,
    merci pour ce beau temoignage.
    Je suis maman de 3 enfants.
    J’ai allaite la premiere durant 4 mois, le deuxieme 1 mois et demie et la troisieme 1 semaine.
    Pourtant pour elle, je m’etais super preparee, j’etais tellement motivee ! je voulais lallaitee exclusivement, laccouchement s’etait tres bien passe et la sage-femme l’a posee sur moi tout de suite et la petite s’est mise a teter, c’etait juste magique ! mais une fois rentree a la maison -tres rapidement-, jai commence a souffrir de crevasses atroces et ma motivation est vite descendue : j’ai bien tente differentes techniques, et les douches chaudes etc pour me soulager, mais j’etais a bout, fatiguee, et n’avais aucune patience pour mes deux grands qui ne l’etaient pas tant que ca ! j’ai vite pris la decision de tout arreter pour eux, pour etre zen et disponible.
    En lui donnant le biberon, j’ai retrouve ma serenite. au debut c’etait un peu dur car elle cherchait tout le temps le sein, mais ma maman m’a bien aidee pour me relayer et la porter et la calmer, et puis je la portais en echarpe ce qui laidait a sendormir. bref, j’ai ete un peu decue mais entiere dans ma decision, je suis restee a la maison avec elle pendant un an, une annee geniale et notre lien est tres fort, meme si je ne l’ai pas allaitee. Je pense kil faut savoir faire des concessions, on n’est sans doute pas toutes faites pour ca… Cela ne m’empeche pas davoir envie de reessayer pour le prochain 😉
    bon courage a toutes !

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    1. Merci Carine pour ce beau témoignage que tu nous apportes. L’important est en effet comme tu l’exprimes d’être en cohérence avec soi, et ce que l’on vit. Choisir en conscience !
      Merci

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      1. Depuis, j’ai accouché de mon 4eme, il a teté pdt un mois! Cette fois j’ai bien appris comment le mettre au sein dc pas de crevasses! Jai arreté par cause de fatigue, pour etre plus en forme pour mes trois grands, et je suis heureuse quil ait pris pendant un mois! Bonne chance a toutes et no stress!

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