Comment tirer profit des crises et grandir ensemble

Mon fils de 6 ans a beaucoup de mal en ce moment à gérer la frustration ou du moins il l’expérimente, ce qui le met en colère. Les émotions qui le traversent alors sont très violentes, et il les traduit en acte en nous menaçant avec un couteau. Victor veut nous tuer parce qu’on ne peut pas lui acheter 500€ de légo…

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« Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon doigt. »
[ David Hume ]

Récemment, une jeune amie de passage quelques jours chez nous a été confrontée à cette violence à laquelle elle n’est pas habituée. Elle avait gardé les enfants quelques heures au cours desquelles Victor avait menacé sa sœur de 3 ans au couteau. A notre retour elle s’est effondrée en larmes.

Plusieurs attitudes sont possibles face à cette situation.

Ma tentation a été forte de réprimander, voire de punir immédiatement l’agresseur. Mais finalement, cela n’aurait été juste ni pour moi, ni pour mon fils. J’ai essayé de sortir par le haut de cet épisode émouvant.

Un exemple d’expression des émotions grâce au « Cercle de Parole »

Tout d’abord nous avons profité de l’occasion pour organiser le soir même un « cercle de parole »: un moment où nous nous réunissons et où chacun peut exprimer ses émotions, être entendu par les autres sans jugement de valeur, ni intervention des autres participants. Pour matérialiser la prise de parole : une grosse cuillère en bois fera l’affaire. Seul celui qui l’a en main a la parole. Les autres écoutent sans faire de commentaire. Ils accueillent la parole de l’autre tout simplement.

Cercle de parole

Tout le monde participe et exprime ses émotions sur le sujet en question. Notre amie a commencé la discussion. Après un bon temps qui lui a permis de calmer ses émotions, elle a pu exprimer ce qu’elle avait ressenti de façon très claire et comprise par tous. Chacun à sa manière a pu exprimer ce qu’il ressentait lors de ces moments de violence. Même ma fille de 3 ans a adoré prendre la parole à sa façon : « moi, j’ai peur de… ».

L’objectif de ce tour de parole n’est pas de résoudre la situation à tout jamais, définitivement, comme nous pourrions le souhaiter. Le but est de laisser s’exprimer des émotions fortes dans un cadre normé et sécurisé, une fois la tension évacuée. Une façon de verbaliser ce qui parfois est vécu avec beaucoup de difficulté. Cet apprentissage de la mise en mots n’est pas si simple, même pour les adultes. Mais après quelques tours de parole, je suis étonné de voir avec quelle facilité les enfants se l’approprient et parfois même le réclament pour résoudre une difficulté.

Le lendemain, Victor a eu un nouvel accès de violence vis-à-vis de sa grande sœur : il lui a donné un coup de poing dans le plexus pour une raison semble-t-il bénigne.

J’étais en colère face à cette violence et je l’ai exprimé verbalement : « quand je te vois frapper ta sœur, cela me met en colère ! Dans notre famille la violence physique est interdite. »

Après quelques minutes de répits qui m’ont permis de retrouver mon calme, j’ai réussi à reprendre la discussion posément avec lui. J’ai pris soin de me mettre à sa hauteur pour lui dire que l’interdit de la violence n’avait pas été respecté et qu’une sanction allait devoir s’appliquer.

Un exemple de sanction non humiliante

Le soir, après réflexion, je lui ai proposé une sanction réparatrice dont l’objectif était d’aller dans le sens de mon besoin de non violence : je lui ai assigné pour une semaine la mission de détecter la violence, de qui qu’elle émane. Quand il la voit ou la sent, il a pour rôle de dire : « là, je ressens de la violence ». Il a été tout à fait d’accord avec cette sanction et très heureux de sa nouvelle responsabilité de « détective de la violence ».

J’ai été heureux de trouver une sanction qui ne le fasse pas partir la queue entre les jambes, humilié, mais le responsabilise et l’aide à prendre conscience de la violence.

Il s’agit là d’une sanction et non d’une punition. L’objectif n’est pas de lui faire mal à la hauteur de la douleur de sa sœur qui a reçu le coup de poing. L’objectif est de comprendre et réparer. Il ne s’agit pas d’humilier ou d’imposer une attitude de soumission mais de responsabiliser.

Une expérience à réitérer et à entretenir

De cette expérience nous sommes sortis tous les deux grandis parce que :

· Nous avons eu l’occasion de discuter à froid de cette violence et des peurs qu’elle éveille en moi

· De trouver une sanction réparatrice pour mon besoin et qui lui permette de se confronter à cet interdit de violence

· Il n’a pas été humilié suite à son acte. Je l’ai senti plutôt fier de son nouveau rôle de « détective de la violence »

· Sa violence n’a pas engendré une autre violence (de ma part) et c’est comme si nous mettions fin à un mouvement d’escalade de la brutalité.

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Frédéric

Cet article est ma contribution aux jeudis de l’éducation organisés par Wondermomes sur le thème « c’est la crise »

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4 commentaires


  1. oui je suis d’accord avec toi, en discuter calmement avec nos enfants est le début de la solution, sans prendre parti, juste les écouter (et c’est pas toujours simple pour nous les adultes).

    Ici aussi on fait un conseil de famille quand ca va trop loin (en plus, comme tu le sais déjà, de mon « pétage de plomb » et de mon long silence pour les « punir »).

    Quand aux sanctions, c’est au coup par coup, selon la gravité, rien d’établi d’avance mais oui le tout est de les responsabiliser face à leur crise et ses conséquences.

    Bises et à bientôt

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  2. La sanction qui fait grandir moralement… c’est ça que je cherche à faire également avec mes enfants

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  3. En groupe classe, nous avons testé la « résolution de problèmes » (Faber et Mazlish) et le « Temps d’échange en classe » (Jane Nelsen). On peut également mettre cela en place en famille :). Connaissez-vous? Cela ressemble de près au « cercle de parole » que vous avez mis en place en tout cas.
    Pour le moment, mon fils est un peu trop jeune pour ce genre de choses mais je serais curieuse d’essayer en temps voulu.
    À bientôt 🙂

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    1. Bonjour Déborah, oui je connais cela. L’important est selon moi de laisser chacun exprimer ses émotions en sécurité, sans peur du jugement de l’autre. C’est ainsi que l’on peut avancer dans notre relation ensemble. La qualité d’écoute et de mise en application de ces outils s’affine avec l’expérience. Il faut simplement commencer et faire.
      Je vous souhaite d’excellents moments de partage avec votre fils 😉

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