L’école à la maison : mythe ou réalité ? Déirdre Bergeron témoigne

deirdre-bergeronDéirdre Bergeron n’est presque jamais allée à l’école.

Elle est la fille de Léandre Bergeron. Vous avez peut-être déjà vu une vidéo que nous avons tournée avec Léandre. Léandre Bergeron est l’auteur du livre « comme des invités de marque », un livre sur l’école à la maison et plus précisément sur la déscolarisation. Ses trois filles ont été instruites en famille. Déirdre, sa fille ainée a 33 ans et nous avons eu la chance de la rencontrer. Dans cette vidéo, elle nous fait part des joies et des difficultés qu’elle a rencontrées du fait de son parcours hors école. Elle nous fait partager sa fraicheur et son enthousiasme.

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PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Bonjour Déirdre

DÉIRDRE BERGERON : Bonjour

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Je suis ravie de te rencontrer et de pouvoir t’interviewer. Déirdre, toi, tu as fait un parcours éphémère à l’école. Je crois que tu as quelques petites expériences, en tout 3 ans et demie d’expériences scolaires.

Est-ce que tu peux nous parler de ton parcours ?

DÉIRDRE BERGERON : Certainement. J’ai fait plusieurs expériences. Quand j’avais 5 et 6 ans, j’ai fait l’expérience d’aller à l’école. Je voulais aller à l’école. Pour moi c’était un moyen de découvrir le monde. Je voyais mes amis qui allaient y aller et je voulais y aller également.

A 5 ans, c’était la maternelle. Pour nous c’était très tranquille, ce n’était pas très académique. Ils ne nous forçaient pas à apprendre des choses. On faisait du bricolage entre amis. J’aimais bien. Je me disais « ça va aller ».

Après, en 1ère année, il fallait commencer à apprendre.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : La1ère année, c’est ce que nous on appelle le CP.

DÉIRDRE BERGERON : C’est à 6 ans, il faut apprendre et il faut apprendre tous en même temps la même chose, ce à quoi je n’étais pas habituée.

Rapidement avec la professeur c’est devenu à couteau tiré. Je n’étais pas turbulente mais je suis devenue la pire élève de la classe qui était toujours placée à coté d’elle  sous sa tutelle. En fait je n’étais pas trop habituée à l’obéissance, faire les choses en même temps que tout le monde. « Ah les autres ils peuvent le faire, mais moi, ce truc, les mathématiques aujourd’hui, ça ne me dit pas ». Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.

Je n’y suis restée que 3 mois et j’ai quitté en janvier.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : C’est là que ton père est venu avec toi à l’école faire une petite expérience. C’est ça ?

DÉIRDRE BERGERON : Oui j’avais vu la mère d’une amie faire une visite à l’école. Alors j’avais envie que mon père vienne. Je lui ai dit : « peux-tu venir voir ce que c’est parce que je trouve ça très dur ». Alors pendant près d’une semaine, il réussissait à trouver des petits moments dans sa vie de boulanger pour venir voir comment c’était. Il trouvait ça atroce.

Le jour où je lui ai dit, je ne veux plus y aller, sa réflexion a été : « oui ma fille, sors de la, libère-toi, l’école c’est une prison ».

Etant donné que pour mon père l’école c’est une prison, quand j’ai voulu quitter l’école primaire à 6 ans, ça a été simple, il ne m’a pas dit : « continue, persévère tu vas t’adapter ». C’était tout le contraire. Alors j’ai quitté.

J’étais inscrite à la commission scolaire mais de ce fait la commission scolaire s’inquiétait.  » Elle a quitté l’école  » .Pour nous, au Québec, à ce moment là, il fallait absolument que je suive le programme du ministère et que j’aille faire 2 ou 3 fois pas années les examens pour voir si j’apprenais et  continuais à être à niveau. Et donc on a fait ça. On a fait ça pour la fin de ma 1ère année, ma 2ème année aussi. Et c’était assez simple, ça se faisait assez facilement.

Mon père il abordait la chose pour me faire travailler un peu avant l’examen. « Tu sais il faut rassurer la commission scolaire alors on va faire… » « Oh, s’il faut rassurer la commission scolaire, alors oui« . Et c’était assez facile car à la fin de la 2ème année, elle me dit.  » Mais en fait elle apprend tellement vite qu’on pourrait lui faire faire la 3ème année pendant l’été et ensuite enchaîner sur la 4ème année et accélérer le processus« .

Mon père avait déjà vécu l’accélération du processus avec ma demi-sœur. Il avait essayé avec elle de faire tout apprendre à 3 ans dans des écoles où on pousse beaucoup les enfants et ça il ne voulait plus rien savoir. Avec moi, il faisait le minimum pour la commission scolaire et après « elle joue, elle vit son enfance ».

Ce qui est arrivé, c’est qu’à moment donné  je n’ai plus eu à faire selon ce programme là et donc la 3ème année, ce qui s’est passé au lieu de continuer comme ça à la maison, il y a des gens qui m’ont invité à aller vivre chez eux.

Ils avaient déjà des enfants et leurs enfants allaient dans une école Rudolf Steiner, Waldorf et j’ai eu la chance de connaître ce milieu là. C’est là que j’ai appris l’anglais. J’avais 8 ans. Il n’y avait qu’une école anglophone à époque. On ne pouvait pas aller dans ce genre d’école en français. Là j’ai appris l’anglais et à peu près rien d’autre parce que je ne comprenais rien donc j’essayais juste de comprendre. Tranquillement j’ai appris l’anglais.

A la fin de cette année là mon père a décidé d’essayer un truc, l’école de rang qu’on appelle chez nous ; une école de proximité avec seulement une autre famille qui avait 3 enfants.

On avait des cours et puis nos parents, la tante nous apprenaient toutes sortes de trucs. Ca a duré un an et après ma tante est repartie ; le projet s’est terminé. A ce moment là quand j’ai vu ma tante repartir, elle me dit : « en fait, je retourne à Otawa, je vais ouvrir une école Steiner et elle sera bilingue« .

Alors moi j’avais les yeux comme ça, « oh oui j’ai trop envie d’y retourner, en plus bilingue, je comprendrai davantage, j’aurai des amis« . Devant mon enthousiasme, elle m’a offert d’aller vivre chez elle. J’habitais chez mon oncle et ma tante encore une fois à 600kms de chez mes parents. Je voyais mes parents une fois par mois si on était chanceux. J’ai fait ça pendant 2 ans. J’ai beaucoup aimé. J’étais bien dans cette école. C’était moins strict que l’école publique. Il n’y avait pas d’examens. C’était beaucoup accès sur les arts, la mythologie, des trucs qui me parlaient beaucoup. J’ai adoré l’expérience.

Mais évidemment d’être aussi loin de mes parents,  un jour je n’en pouvais plus. J’ai demandé à retourner à la maison. J’avais 12 ans. C’est là que mon parcours académique officiel s’est terminé. Je me suis reposée pendant 1 an et puis 1 an plus tard à 13 ans mon père me dit : « bon, enfin, même Déirdre serait capable de gérer le magasin« . A ce moment-là, il avait une entreprise et il fallait trouver une façon de faire survivre cette entreprise qui n’allait vraiment pas très bien et où il vendait son pain depuis des années.

Alors, il dit « même Déirdre serait capable de gérer le magasin : tu veux, tu veux gérer l’entreprise, tu commences demain. »

Moi je pensais que c’était une blague. J’ai dit « oui ». Et non ce n’était pas une blague.

La dame qui était là a quitté en 2 semaines. J’ai du tout apprendre : passer les commandes, servir les clients, puis gérer les employés. Au début ce n’était que ma mère et moi. On se partageait l’horaire pour assurer une présence au magasin. Parfois on travaillait toutes les deux et c’était rigolo parce que les gens ils entraient, ils achetaient leurs petits trucs et ils avaient leurs questions : « si je veux un sac de flocons d’avoine c’est combien pour 5 ou 10 kgs? »  Et ma mère répondait : « je ne sais pas, allez voir ma fille« . C’est vraiment moi qui m’occupais de tout ce qui était commande.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Tout ça tu l’as appris toute seule, à gérer l’entreprise ?

DÉIRDRE BERGERON : C’est ça, je l’ai appris toute seule. J’ai eu une micro-formation pour me mettre dans le bain avec la dame qui y travaillait. Elle m’a expliqué quels sont les fournisseurs, comment passer les commandes, quelles quantités, servir les clients… ça a commencé comme ça

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Elle t’a montré comment elle faisait ça

DÉIRDRE BERGERON : Exact. Avec ma mère on travaillait. Parfois il y avait ma sœur aussi. Ma mère était là quelques jours par semaine, le reste du temps j’étais débordée. Je suppliais Phèdre (ma sœur) de venir m’aider au magasin. C’était adorable, parce qu’elle cédait ; « d’accord je vais t’aider, je vais aller placer les produits« . Moi je servais les clients, je passais essentiellement les commandes et elle, elle s’occupait de placer les produits. Elle avait 10 ans seulement au début et moi 13.

Au début ça allait très mal, il fallait travailler très fort pour les commandes. Je passais des weekends entiers à retrancher sur ce qu’on avait besoin d’acheter mais que l’entreprise ne pouvait pas se payer. Je passais des week-ends entiers à me dire : « là, j’ai une commande de 3000$, Papa comment on va pouvoir payer ? Il faut que je coupe 1000$ dans des produits essentiels ». C’était très lourd et fatiguant au début.

Avec le temps, avec l’ambiance qu’il y avait, il y avait beaucoup plus de clientèle, on a réussi à remplir les tablettes et c’est devenu un très bel endroit où les gens adoraient venir, parfois même sans acheter, juste pour l’ambiance. Ils voyaient que c’était géré par des enfants, ils trouvaient ça sympa.

Et puis avec le temps, on a eu des employés. J’ai du gérer des horaires, des personnes.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : A 13 ans, tu as eu ton premier employé ? Quel âge avais-tu quand tu as eu ton premier employé, et lui quel âge avait-il ?

DÉIRDRE BERGERON : Le 1er employé je l’ai eu à 15 ans

J’avais travaillé dur. J’ai dit : » Papa il nous faut une employée, il nous faut une employée. Je ne peux pas tout faire. Avec Maman, on a trop de travail. On ne peut pas tout faire« . L’entreprise grossissait. Alors je suppliais : « Je veux une employée. » Je savais que l’entreprise avait difficilement les moyens. J’ai eu notre 1er employé. J’avais 15 ans et l’employée avait 19 ans. Il y avait toujours un respect et ça s’est super bien passé.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Le respect était du, tu penses à ton expérience, à ton savoir-faire ?

DÉIRDRE BERGERON : Je pense oui. Il faut dire que j’étais un très gentil patron. Pour moi il ne fallait pas qu’il y ait de hiérarchie. On ne m’avait pas forcé à gérer de cette manière mais je me disais « il faut que je participe à toutes les taches parce qu’aussitôt que je laisse des taches à d’autres et que moi je ne fais que ceci ou cela je trouvais que je perdais le sentiment d’équipe avec les autres« .

Alors, je passais les commandes, je m’occupais des clients et avec tout ça , les employés je ne les considérais pas comme des employés, je les considérais comme des amis. Et d’ailleurs mes employés  sont devenus mes amis.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Tu as fait une école de commerce en autodidacte.

DÉIRDRE BERGERON : Exact, totalement en autodidacte, dans le vif, sur le tas.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Tu es restée un certain temps dans l’entreprise de ton père et après lorsque tu as commencé à avoir des boulots, à vouloir être salarié, comment ça s’est passé ?

DÉIRDRE BERGERON : oui à 23 ans, après 10 ans de travail dans l’entreprise de mon père, j’ai eu envie de faire autre chose. J’ai laissé le magasin dans d’autres mains et à ce moment-là j’ai décidé que j’allais vivre à Londres. J’ai pris un visa. Je voulais aller travailler là bas.  Je me suis trouvée un boulot dans un théâtre pour être ouvreuse. A l’entretien, il fallait que je présente un CV. C’était mon 1er. Je ne savais pas trop ce qu’on mettait sur un CV. Je me suis dit : « Je n’ai pas trop de choses académiques à mentionner, je vais omettre cette partie. Je vais écrire tout ce que j’ai fait au niveau du magasin en détails et je vais étoffer avec autre chose ».

Je me disais s’ils me posent des questions sur mon parcours académique, j’aurai une petite phrase, je dirais: « pour des raisons familiales, j’ai du quitter l’école très tôt et donc je n’ai pas mon secondaire 5. » Le secondaire 5 pour nous c’est ce qu’on obtient quand on est allé à l’école obligatoire jusqu’à 16 ans (équivalent du BEPC en France). Je ne l’avais pas.

Souvent les adolescents de mon entourage me disaient « si tu n’as pas ton secondaire 5 tu n’auras jamais d’emploi, même pour travailler au tabac du coin. C’est impossible ».

Je leur disais, « j’ai quand même géré un magasin, j’ai un emploi ». Mais c’était l’entreprise de mon père donc ça ne valait rien. En Angleterre, je présente un CV. Le truc, c’est que je ne savais pas du tout me servir d’un ordinateur sauf pour des courriels. J’étais dans une auberge de jeunesse à Londres et on me disait « ah oui ! tu vas trouver un emploi, super ! Tu fais ton CV, tu fais ton CV ! « 

Je me suis cachée pour écrire mon CV car je l’ai écrit entièrement à la main, en calligraphie, avec des dessins. Je me doutais bien qu’il n’était pas conventionnel. Je me suis dit. Au moins il est joli, il attirera peut-être l’attention. Et c’est exactement ce qui est arrivé. Je l’ai amené dans 7 théâtres. Il y en a 4 qui m’ont tout de suite rappelé. Au premier entretien que j’ai eu, la dame a mis la main sur le CV et elle a dit : » je n’ai jamais vu ça ! C’est la 1ère fois que je vois ça ! C’est super parce que moi les CV que je reçois c’est ça. Je ne les lis jamais. Les gens ils ont des emplois ici, parce que ce sont des amis des amis des amis. » J’ai vu ton CV j’ai dit : « il faut que je rencontre cette personne« . Et là tout de suite elle m’a donné le boulot.

Par contre chez moi, nul n’est prophète en son pays, je serais bien restée en Europe, j’ai eu des difficultés à trouver des boulots à Montréal. Il faut dire que sur mon CV, je ne parle pas de mon parcours académique, mais quand même il y a beaucoup d’expériences de travail. Je sentais que quand j’arrivais, que j’avais été gérante d’une entreprise pendant 10 ans, il étaient quand même mal à se dire, » ici elle va commencer en tant que caissière, derrière la caisse ». C’était très dur.

Il y a un endroit où justement ils vendaient des affiches. Je me disais : « j’ai vendu des produits bio je pense que je peux vendre des affiches ». Le type regarde le CV et tout de suite essaie de trouver le parcours académique. Je le voyais qui cherchait et il y a un endroit où il y avait écrit cegep. Pour nous c’est le collège, après le secondaire 5, le passage obligé pour ensuite se rendre à l’université. Il voit ça et se dit : « ah ok vous êtes allée au collège ». Je lui dis : « en fait j’ai travaillé pour le collège, comme comédienne ». » Ah tu n’es pas allée au collège. Si tu n’es pas allée au cegep, je ne peux pas te donner l’emploi. Est-ce que tu as ton secondaire 5 au moins, parce que si tu n’as pas ton secondaire 5, tu ne sais pas compter ». » J’ai quand même géré une entreprise. Si vous retournez en arrière, vous verrez que j’ai géré une entreprise pendant 10 ans et j’étais derrière la caisse. Je sais compter la caisse, m’occuper des commandes… »

« Moi j’ai besoin des gens qui peuvent compter. Ici tu vas devoir t’occuper d’une caisse, gérer l’argent. »

Je sais faire mais je voyais que pour lui ça bloquait, c’était important pour lui que j’ai un papier qui dise « oui je suis allée à l’école ».

C’est arrivé assez rarement.

J’ai trouvé des boulots dans des cafés. Souvent on voyait mon CV, beaucoup d’expériences on ne me posait même pas de question sur l’absence de parcours académique.

Beaucoup d’amis me disaient « tu devrais peut-être mentir sur ce passage là, ça t’aiderait. Dis que tu l’as ton secondaire 5, ils vont moins t’embêter ». En même temps ça ne me disait pas trop de mentir. Il y avait un petit quelque chose en moi qui me disait : « je vais voir jusqu’à quel point je suis pénalisée par mon parcours« . Je voulais le voir, le sentir. Et je n’ai jamais menti. Je n’ai jamais rien mis à ce sujet là et j’ai eu quand même des emplois. J’étais apprentie chocolatière. J’ai appris ce métier là. Ensuite j’ai eu envie de travailler dans les hôtels. Je n’avais jamais travaillé en hôtellerie, mais j’avais l’intérêt. Je ne savais pas me servir vraiment d’un ordinateur, mais j’ai appris. C’est sur que j’étais habituée à  développer ma débrouillardise. Je savais que je ne pouvais pas compter sur les lauriers de mon éducation. Il fallait quand même que je me dise : » je me lance et puis j’essaie ».

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Ca ne t’a pas pénalisé plus que ça. Ca t’a pénalisé certaines fois mais c’est peut-être que ça n’aurait pas fonctionné avec ces personnes là.

DÉIRDRE BERGERON : c’est aussi ce que je me suis dit

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : par rapport à un élève classique ou toi si tu étais allée à l’école, tu as des notions académiques, scolaires qui sont à peu près égales, si on peut dire ça comme ça, à toi si tu étais allée à l’école ou à un enfant scolaire.

Est-ce que tu as l’impression que l’instruction en famille t’a apporté quelque chose de plus ou de moins par rapport à toi si tu étais allée à l’école ?

DÉIRDRE BERGERON : C’est sur qu’on développe des aptitudes un peu différentes, beaucoup au niveau de la débrouillardise parce qu’évidemment on n’est pas habitué à ce qu’on nous tende ce qu’on devrait apprendre, ce qui fera de nous l’être humain qui en sait assez pour avoir accès à. Ca venait toujours de nous, donc c’est sur que devant l’inconnu, on ne sait pas comment faire tel ou tel boulot. C’est pareil pour mes sœurs qui elles ne sont jamais allées à l’école du tout, c’est  toujours : « ok je trouve en moi la confiance, que l’on n’a pas toujours parce qu’on est comme tout le monde. Parfois on se dit, « est-ce que je vais être capable d’effectuer telle tache, je n’y connais rien. Je n’ai pas un parcours académique qui peut me donner l’impression ou l’illusion que je peux faire cet emploi là. C’était toujours sur la base de la débrouillardise. Pour nous ça venait parfois en se lançant une grande dose de courage et en se disant, je vais aller travailler dans un hôtel, je n’ai aucune connaissance, je sais à peine utiliser un ordinateur et là il faut que je passe des réservations ». ca s’est bien passé pour moi, ensuite ils m’ont envoyé dans les bureaux et j’ai travaillé là pendant un certain temps.

Mes sœurs de leur coté, en n’étant jamais allée à l’école ont fait des formations. Ma sœur Cassandre qui adore les chevaux a fait une formation pour être maréchal ferrant et Phèdre vient tout juste de faire une formation pour être professeur de yoga.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Ca n’empêche pas de faire des formations.

Toi tu es allée très peu à l’école. Tu as choisi. Tu es allée, tu es revenue, tu as fait des allers-retours. On a l’impression que tu as eu le choix au sein de ta famille de pouvoir aller et venir à l’école ou à la maison. Tes sœurs elles n’ont pas été scolarisées et ton père a écrit un livre sur l’école à la maison qui s’appelle « comme des invités de marque ».

La question que je me pose c’est quand on a un parent très engagé, qui a des convictions et qui défend des grandes valeurs, des grandes idées, quelles qu’elles soient, est-ce que les enfants, tes sœurs par exemple ont vraiment eu le choix de ne pas aller à l’école. Comme elles entendaient tout le temps « l’école est une prison », j’exagère peut-être.

DÉIRDRE BERGERON : non aucunement, pas d’exagération.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : est-ce qu’elles ont vraiment eu le choix de ne pas aller à l’école ?

DÉIRDRE BERGERON : mon père évidemment vous répondrait « elles ont toujours eu le choix ». Mon point de vue d’enfant n’est pas tout  fait ça. Moi j’étais la première et j’étais le testeur si on peut dire. J’ai testé. Au fur et à mesure l’idée de mon père sur l’école, sur ce que devenait l’école s’est renforcé et son discours de « l’école est une prison » était de plus en plus présent et beaucoup de gens appelaient chez nous pour se faire encourager à garder leurs enfants chez eux. On entendait toujours le refrain de « l’école est une prison ».

Comment, en étant enfant on peut dire:  » papa, moi demain je rentrerai bien à la prison ». Et ce qu’un parent dit, ça a beaucoup d’importance dans la vie d’un enfant parce que nous on apprend d’eux. Donc on se dit : « si lui est allé, il a été professeur, il dit que c’est une prison, il doit avoir raison ». Pendant longtemps c’est ce que tu dis. Après à l’adolescence, ça a été difficile parce qu’à ce moment là les adolescents qu’on côtoie vont à l’école depuis des années, ils vont devoir y aller jusqu’à 16 ans, ils sentent qu’ils font ça, même s’ils en ont horreur pour leur futur, pour avoir des emplois. Quand ils rencontrent  quelqu’un comme nous, qui va se bredouiller un futur sans école, ça les choque, et puis il y avait beaucoup de confrontations et ils nous disaient toujours : « t’auras pas d’emploi, tu ne pourras même pas travailler dans certains bars parce que tu n’as pas de diplôme » et là c’est sur que ça nous mine. Et c’est le regard extérieur dans la société, dans les gens qu’on côtoie. Et tu doutes de toi et tu te dis  » Est-ce que je serai vraiment pénalisée? » ca peut être très inquiétant. Pendant l’adolescence je dirai que ça a été les moments les plus durs.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Des moments de doute

DÉIRDRE BERGERON : exact, oui des moments de doute. Retrouver notre confiance en nous même et se dire il y aura toujours moyen de faire une formation, mais évidemment il y aura peut-être des mises à niveau, parce que moi en gérant un magasin, je n’ai pas fait d’algèbre ou de géométrie. J’ai fait de la cuisine mais je n’ai pas  fait de chimie. Je n’ai pas fait spécialement des cours de physique, j’ai quelques connaissances. C’est sur qu’il y a des choses auxquelles je n’ai jamais touché et des choses qui auraient pu être très intéressantes et qui auraient pu m’intéresser. Moi j’ai géré un magasin.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : tu as eu une enfance différente.

DÉIRDRE BERGERON : Exact

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Pour l’instant tu n’as pas d’enfant. Quand tu auras des enfants, école ou pas école ?

DÉIRDRE BERGERON : Alors, j’espère que Léandre ne verra pas l’interview. Mes sœurs et moi on n’a jamais été spécialement des fanatiques de la non scolarisation. Evidemment pour mon père, c’est dur, parce que lui de son point de vue de prof, son regard de parent sur la vie, il fallait absolument essayer de préserver l’être humain qu’on était et essayer de faire en sorte que nous ne soyons pas coincées dans la société, en l’occurrence dans une école. Pour nous notre point de vue de la vie n’est pas le même. C’est sur que pour nous, dire « l’école c’est une prison », c’est trop, parce qu’il y a plein de gens qu’on connait qui ont adoré l’école, d’autres pour qui ça a été horrible, et nous on a envie mes sœurs et moi de voir la vie simplement avec plus de nuances. Au lieu de dire : « tout ce qu’on a fait avec l’école, tout ce qu’elle devient, c’est à cause des prussiens, que maintenant tout le monde est obligé d’aller à l’école, que l’école c’est de la merde et on force tout le temps les enfants… » Il y a des gens qui sont heureux à l’école, qui adorent. J’ai des amies, elles sont toujours à l’école, elles ont 35 ans et elles raffolent, elles veulent juste continuer à apprendre et le parcours traditionnel, académique leur va bien. Moi je me suis toujours dit pourquoi faut-il tout rejeter ou tout accepter. Est-ce qu’il n’y a pas moyen de dire chaque enfant a des besoins et des envies différentes ? On ne fera pas un médecin de tous les êtes humains. Ce n’est pas nécessaire et de toutes façons il y a des gens qui adorent l’école, il y en a qui détestent ça. Et ceux qui détestent ça, ont-ils vraiment besoin d’y aller jusqu’à tel âge pour là tout rejeter en bloc et bredouiller leur existence ?

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : plus au cas par cas et avec plus de nuances.

DÉIRDRE BERGERON : Pour moi, j’avoue, la vie c’est du cas par cas, c’est un mélange de perception personnel. Pour moi ça ne doit pas gruger ma liberté.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : tu es une enfant libre, une adulte maintenant qui est restée libre.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : est-ce que tu aurais un message pour les parents en questionnement d’éducation, de choix, de vie ?

DÉIRDRE BERGERON : Je pense à une chose qui me vient comme ça. Par exemple moi j’ai toujours vu mon père vouloir tellement bien faire, « ce sont nos enfants, on veut tellement prendre les bonnes décisions. On veut tout leur permettre et en même temps… » Parfois, j’ai envie de dire sois toi même et je le serai aussi avec toi. Un enfant heureux dans un milieu heureux. Si ses parents sont heureux déjà ça part bien.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : parents heureux enfants heureux

DÉIRDRE BERGERON : Quand le parent veut trop bien faire pour l’enfant, dans mon vécu à moi, parfois j’avais envie de dire : » regarde la vie ce n’est pas parfait, je n’ai pas envie d’avoir un parent parfait, je n’ai pas envie d’avoir un parent qui n’est jamais fâché. Je veux te connaitre« . Nous si on est entouré de parents qui se retiennent et se disent par principe je ne dois pas être comme ça, il faut que je sois mieux, on envoie le même message et nous on apprend à vivre comme ça et il y a des choses que j’ai du casser chez moi, adolescente et adulte. Je me suis dit là ce n’est pas moi, ce perfectionnisme là, cette façon de m’auto analyser ça vient de mes parents mais je n’en ai pas besoin, je dois m’en débarrasser.

Soyez-vous même et vos enfants apprendront à l’être aussi.

PARENTS HEUREUX ENFANTS HEUREUX : Merci Déirdre

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