Sophie Rabhi : Montessori + bienveillance + apprentissages informels = des enfants libres et épanouis !

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Sophie Rabhi Bouquet est une pionnière de l’éducation bienveillante.

Depuis plus de 15 ans, elle gère la ferme des enfants, une école alternative en Ardèche au milieu d’un environnement naturel, en pleine garrigue, près de la rivière : un lieu ressourçant.

 

L’Ecole des Enfants s’est bâtie autour de la pédagogie Montessori, des apprentissages informels et de l’éducation bienveillante. Des pratiques qui sont aujourd’hui confirmées par les études scientifiques et les neuro sciences.

Le hameau des buis est l’éco-village qui s’est construit autour de la ferme des enfants. L’ensemble est un lieu de vie intergénérationnel que nous avons eu la chance de visiter et d’apprécier. Merci à Sophie pour son accueil !

Je vous souhaite une bonne vidéo et à bientôt sur « parents heureux enfants heureux » pour une vie de famille plus heureuse et plus vraie.

 

Vous pouvez aussi écouter le podcast en cliquant sur le bouton play ou télécharger le MP3 en cliquant sur ce lien.

Parents heureux enfants heureux : Bonjour Sophie, je suis ravie de t’interviewer. Tu as créé en 1999 la ferme des enfants. Peux-tu nous expliquer ce que c’est, son objectif, son projet ?

Sophie Rabhi-Bouquet : L’école a été créée dans une ferme qui était la ferme de mes parents. Mon objectif était d’aller plus loin dans une démarche pédagogique qu’on avait déjà commencé avec ma maman, à l’époque, dans la ferme parce que je m’étais rendue compte qu’une ferme en activité c’était un milieu enthousiasmant pour les enfants. C’était dans le cadre d’accueil paysan ; on avait des enfants pour de très courtes périodes, 2 ou 3 semaines. C’était tellement enrichissant, il y avait tellement de possibilités que je me suis dit que ce serait le cadre idéal pour que des enfants puissent passer leur année scolaire. Du coup, en devenant moi-même maman, j’ai eu beaucoup de questionnements par rapport aux besoins de l’enfant et dans cette masse de questionnements, il y a eu bien sur la question de la scolarisation qui s’est posée et c’est à ce moment là que j’ai vraiment décidée d’ouvrir dans la ferme une école qui s’appelle une école privée hors contrat et donc une école à pédagogie différente.

Parents heureux enfants heureux : Une école privée hors contrat, c’est à dire une école qui ne dépend pas de l’éducation nationale.

Sophie Rabhi-Bouquet: C’est ça, c’est une école privée indépendante. La plupart des citoyens peut avoir cette initiative de créer une école et de la déclarer auprès de l’Inspection.

Parents heureux enfants heureux : La ferme des enfants a évoluée, grandi. Maintenant il y a presque 100 élèves dans ton école.

Sophie Rabhi-Bouquet: Il y en a 80.

Parents heureux enfants heureux : 80 qui sont accueillis et qui vont de 3 ans jusqu’à la fin du collège. Peux-tu nous parler d’une journée type au sein de l’école ?

Sophie Rabhi-Bouquet : Le projet pédagogique tourne vraiment autour de l’autonomie, de l’initiative personnelle, des besoins personnels de chaque enfant, mais bien sur pour que chacun s’y retrouve, il y a une proposition, la proposition d’un environnement.

On est beaucoup inspiré par la pédagogie Montessori qui préconise d’organiser autour de l’enfant un environnement adapté à ses besoins dans lequel il va être proactif.

Il va aller chercher l’activité par lui-même pour nourrir ce qui lui fait plaisir, ce qui lui donne envie dans l’instant. Cette pédagogie Montessori nous a beaucoup guidé pendant des années et des années et nous a invités à enrichir l’environnement de l’enfant de plus en plus. Dans cette richesse, il y a à la fois les environnements didactiques des salles de classe, on pourrait dire, même si on ne les appelle pas tellement comme ça ici, et aussi cet environnement naturel qui est retrouvé dans tous les espaces que l’enfant fréquente à l’extérieur et puis il y a aussi maintenant la ferme avec les animaux, différentes variétés d’animaux, le jardin et il y a aussi un environnement social puisqu’aujourd’hui la ferme des enfants se trouve au cœur d’un éco-village intergénérationnel.

Parents heureux enfants heureux : D’ailleurs Sophie a écrit un livre qui s’appelle la ferme des enfants et qui parle de cette école et du hameau des buis avec ce lieu intergénérationnel où il y a des résidents qui vivent à l’année. Ce livre a d’ailleurs fait l’objet d’un article sur mon blog.

J’ai eu la chance, Sophie de pouvoir venir observer une journée dans ton école. C’est quand même chouette de pouvoir entrer dans une école, se laisser imprégner et voir comment ça se passe. Toutes les écoles n’ouvrent pas leurs portes comme ça. J’ai pu remarquer, ce qui m’a frappé, les 2 piliers fondateurs de l’école, 2 choses sur lesquelles j’aimerais qu’on discute, c’est la bienveillance, la bienveillance vis-à-vis des enfants. Chaque éducateur est vraiment à l’écoute des enfants dans la gestion et la régulation des conflits. C’en est une priorité dans cette école, ce qui est très rare et assez exceptionnel. Pourquoi, comment ?

Sophie Bouquet-Rabhi : Au départ, le choix de la bienveillance a été assez intuitif puisque basé sur mon expérience d’enfants et sur le fait que depuis que je suis petite, je ne trouve ça pas normal du tout qu’on gronde les enfants, qu’on leur fasse peur, bien sur qu’on les punisse, qu’on les menace, qu’on les récompense, enfin tout ça me semblait très destructeur et je le sentais à l’intérieur de moi.

Je sentais que j’étais en souffrance avec ça et notamment quand je voyais faire sur les autres. Au départ, c’était intuitif, je me suis bien sur demandée pourquoi les adultes se comportaient comme ça et ça m’a donné envie de découvrir, de lire des auteurs, et je me suis rendue compte que la violence était très ancrée dans notre société, dans note culture, à tous les niveaux de la vie y compris la naissance, puisque une de mes premières lectures a été « pour une naissance sans violence » de Frédérick Leboyer et puis bien sur la violence que l’on inflige aux bébés en ne répondant pas à leurs besoins , la violence éducative qu’on appelle la violence éducative ordinaire, tout ça m’a interrogé et surtout m’a confirmé que la violence ne pouvait pas aider des êtres à s’épanouir et à grandir dans tous leurs potentiels.

Et après, beaucoup plus tard, je l’ai confirmé aussi en suivant un diplôme universitaire sur la théorie de l’attachement.

Parce que cette théorie de l’attachement qui vient de l’éthologie, qui étudie les comportements naturels de notre espèce ou d’autres espèces animales, nous apprend que l’attachement c’est quelque chose qui est naturel chez nous, qui est biologique, qui est une capacité que nous avons pour notre propre survie et qui nécessite énormément de bienveillance parce qu’on va parler en théorie de l’attachement des caregivers, les donneurs de soins, dont le tout petit, le nouveau né va dépendre totalement pour sa survie contrairement à d’autres espèces qui peuvent se débrouiller par eux-mêmes.

Nous notre manière de survivre c’est de  nous attacher donc qu’il y ait un adulte qui réponde de manière appropriée à nos besoins.

C’est que sur ces bases là qui vont fonder notre sécurité intérieure que nous allons pouvoir grandir et nous épanouir y compris d’un point de vue cognitif.

Souvent c’est ce qu’on ignore, c’est que pour qu’il y ait un développement cognitif harmonieux chez une personne elle a besoin d’être en sécurité au niveau affectif, au niveau émotionnel et c’est à partir de cette base de sécurité, de cette sécurité intérieure, une fois qu’elle est installé que le tout petit que l’on observe, les scientifiques l’ont observé, c’est à ce moment là qu’il va découvrir le monde, il va oser, il va surmonter ses peurs, il va s’intéresser à tout ce qui l’entoure d’une manière très efficace s’il est en sécurité à l’intérieur de nous. Cette sécurité va se construire parce que  le caregiver est attentif, il console l’enfant, il le réconforte, il le prend dans ses bras, il vit du peau à peau avec lui. Quand l’enfant est tout petit, il y a ce contact physique qui est très important.

C’est dans tous ces gestes de tendresse, de gentillesse et de soin que l’être humain va fonder ses bases pour grandir, s’épanouir et apprendre.

Parents heureux enfants heureux : La bienveillance grâce à des figures d’attachement au sein de l’école qui vont permettre à l’enfant d’être dans une zone sereine, apaisée, en sécurité, de non conflit et ainsi pouvoir accéder aux apprentissages.

Parents heureux enfants heureux : Ma 2ème question concerne les apprentissages. La particularité dans ton école c’est qu’il y a une grande place qui est laissée aux apprentissages informels, aux apprentissages qui sortent un peu du cadre scolaire, du programme de l’éducation nationale. Est-ce que tu pourrais nous parler des apprentissages informels. Pourquoi tant de variété, de richesse?

Sophie Bouquet-Rabhi : C’est pareil les apprentissages informels, au début de l’aventure en 1999 et les années qui ont suivi, c’était intuitif c’est à dire qu’à un moment donné, je me suis dit, moi j’ai vécu, j’ai grandi dans une ferme. En grandissant dans une ferme où il y avait beaucoup de visiteurs, de passages, de stagiaires, j’ai appris une multitude de choses. La plupart des choses que j’utilise dans ma vie, je les ai apprises plus à travers la vie de la ferme, les rencontres… C’est là que j’ai nourri des intérêts, c’est là que je me suis enthousiasmée. Ce n’est pas tellement sur les bancs de l’école. Et du coup, intuitivement l’école que j’ai fondée elle était basée sur tout cet environnement qui va nourrir l’apprentissage informel et par définition qui n’est pas tellement quantifiable. On ne peut pas faire des évaluations sur les apprentissages informels, ça n’aurait pas de sens. Au fil du temps, j’ai pu observer des enfants drôlement éveillés, des enfants qui savent se débrouiller, qui sont adaptables, qui n’ont pas peur de l’adulte, qui n’ont pas peur d’affronter des situations même quand ce sont des situations un peu confrontantes… J’ai vu les bienfaits de tout ça et à moment donné, depuis quelques années, on s’est mis à parler de plus en plus des apprentissages informels et ça va rejoindre, encore une fois des recherches universitaires qui ont lieu en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis notamment et qui tendent à démontrer qu’il y a un énorme potentiel dans l’apprentissage informel parce que c’est un moyen d’apprendre qui va préserver l’intégrité de cette énergie considérable qui est à l’intérieur de la personne  qui est la passion, l’enthousiasme, l’intérêt.

Ce sont des zones où l’apprentissage n’est pas imposé mais où l’apprentissage s’impose de lui-même et ça il n’y a pas d’âge pour vivre cela.

Parents heureux enfants heureux : comme dans les jeux.

Sophie Bouquet-Rabhi : Comme dans les jeux. Vous êtes propulsés dans un pays étranger, il faut vous débrouiller, vous allez vous intéresser à 1001 choses qui vous sont étrangères. L’enfant il a exactement ce potentiel là pour peu qu’on n’interfère pas sur son développement.

Parents heureux enfants heureux : L’apprentissage qui s’impose

Sophie Bouquet-Rabhi C’est ça

Parents heureux enfants heureux : au lieu de l’apprentissage imposé

Sophie Bouquet-Rabhi : Exactement

Parents heureux enfants heureux : Merci Sophie pour toutes ces précisions. C’est intéressant de voir un lieu comme ça construit à partir d’intuition et de ton expérience personnelle. Il y a tant d’enfants qui sont passés depuis 16 ans.

Si vous voulez plus de précisions sur la ferme des enfants, il y a un blog. Sophie a aussi écrit un livre la ferme des enfants, la pédagogie de la bienveillance et il y aussi des visites groupées, une fois par mois à la ferme des enfants et au hameau des buis, l’éco-village qui fonctionne avec la ferme des enfants. Si vous êtes intéressés, vous êtes les bienvenues.

Sophie Bouquet-Rabhi : Dans quelques années, il y aura surement la ferme des enfants 2.0 parce que c’est une école vivante et la pédagogie est en évolution constante.

Parents heureux enfants heureux : Merci Sophie.

Sophie Bouquet-Rabhi : Merci

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