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Allaitement et travail, comment faire ?

allaitement et travail

On constate en France une durée moyenne d’allaitement exclusif de trois semaines et un sevrage fréquent à la reprise après le congé maternité, soit à dix semaines. Il est pourtant possible de concilier allaitement et travail et de plus en plus de femmes adoptent cette pratique.

Voyons comment cela est possible concrètement mais précisons qu’il s’agit avant tout d’un choix totalement personnel et en aucun cas un prétexte pour faire culpabiliser les mères qui cessent l’allaitement lorsqu’elles reprennent le travail.

Les bonnes raisons d’allaiter en même temps que nous travaillons

Diverses études l’ont confirmé, un enfant allaité est moins sujet aux maladies que les autres.

En 1995, une étude (1) faite au sein de deux grosses sociétés américaines qui avaient mis en place des aides pour leurs employées allaitantes constate que parmi les enfants qui n’ont pas été malade dans leur première année, 86 % sont toujours allaités.
Une seconde étude américaine menée en 1999, sur des enfants dont la mère travaillait (2), avait montré que le risque de présenter une diarrhée était 7,8 fois plus élevé chez ceux qui ne recevaient plus de lait maternel, tandis que le risque de présenter une pathologie respiratoire aiguë était 1,9 fois plus élevé.
Une troisième étude, faite en 2005 sur plus de 1 800 enfants canadiens (3), révèle que l’allaitement, même lorsque l’enfant est gardé, réduit la fréquence des antibiothérapies pendant ses 2,5 premières années.

C’est bon pour l’enfant, bon pour éviter tout absentéisme de la mère et par conséquent bon pour le trou de la sécu !

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La société Aetna Inc (Hartford, USA) estime que chaque mère qui continue à allaiter grâce à son programme d’aide à l’allaitement fait économiser environ 1500 $ par an à l’entreprise.

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Il a également été prouvé qu’un allaitement de plus longue durée avait aussi un impact positif à long terme sur la santé de l’enfant, comme sur celle de sa mère.

Pour la partie psychologique, la séparation pour l’un comme pour l’autre est plus douce.

Allaiter et travailler permet de profiter des bienfaits de nombreuses tétées, même avec des horaires irréguliers.

Comment s’y prendre concrètement ?

Lorsque nous décidons d’allaiter après la reprise du travail, voici comment on peut s’y prendre :

~ Allaiter pendant le temps passé avec notre bébé ;

~ Allaiter sur son lieu de garde ;

~ Tirer le lait pour qu’il soit donné au bébé en notre absence.

Allaiter pendant le temps passé avec bébé

Il se peut qu’un bébé mange solide, en particulier lorsqu’il est gardé, mais qu’il continue de s’alimenter exclusivement par allaitement à la maison.

C’est la solution que j’ai choisi avec mon premier enfant. J’ai repris le travail lorsqu’elle avait six mois. Nous avons commencé la diversification à ce moment. Elle mangeait chez sa nounou et je l’allaitais matin, soir, week-end et mercredi quand je ne travaillais pas. Elle prenait aussi un biberon de lait artificiel de temps en temps. Je ne voulais pas tirer mon lait. Cet allaitement pendant le temps passé ensemble suffisait à maintenir la lactation.

Cela nous a permis de bénéficier de ces « tétées retrouvailles ». Quel plaisir !!!

Il se peut aussi que le bébé soit trop jeune à notre retour de congés maternité pour manger. Dans ce cas, on peut lui donner du lait artificiel (ou du lait maternel qu’on aura tiré) sur son mode de garde et préserver l’allaitement pour nos moments ensemble.

Certains bébés préfèrent d’ailleurs naturellement se restreindre lorsqu’ils sont en garde et compenser dès qu’ils retrouvent leur mère pour l’allaitement.

Allaiter sur son lieu de garde

Avant d’aller travailler, nous pouvons l’allaiter une dernière fois sur le lieu où notre bébé est gardé. De la même manière en allant le rechercher car il est fort probable qu’il attende sa tétée avec impatience.

Je prévoyais le temps de la tétée pour ma fille aînée chez la nounou le matin et à mon retour.

L’idéal est de faire garder notre enfant dans l’endroit le plus proche possible du lieu de travail. Il est appréciable de voir le nombre de crèches en entreprise se multiplier ces derniers temps. SI notre crèche ou notre nourrice est proche de votre travail, il nous est possible de nous y rendre pendant la journée.

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Il se peut que le personnel sur place nous refuse l’allaitement sous quelque prétexte fallacieux, comme l’éventualité de perturber notre enfant qui subirait plusieurs séparations, ou les autres enfants, frustrés de ne pas voir leur propre mère. Il faut alors insister en argumentant que cela se passe très bien dans les lieux qui ont adopté cette pratique.

Nous pouvons également faire venir la personne qui garde notre enfant sur notre lieu de travail une à deux fois par jour. Même s’il n’existe pas de pièce dédiée à cela dans l’entreprise, nous trouverons toujours un petit coin pour allaiter tranquillement notre enfant. Il faut bien sûr que l’employeur soit au courant.

Pour celles qui travaillent à distance, de la maison, la question ne se pose pas, il s’agit juste de s’organiser pour bien différencier le temps passé avec l’enfant et le temps de travail.

Tirer le lait pour qu’il soit donné au bébé en notre absence

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Tirer le lait permet de ne pas interrompre l’allaitement naturel favorable à la santé de l’enfant. Pour la mère, cela permet de maintenir la lactation, tout en prévenant des engorgements et des canaux lactifères bouchés.

Vous pouvez tirer le lait sur votre lieu de travail et le donner à la crèche ou la nounou de votre enfant.

Que dit la loi sur l’allaitement ?

Le code du travail (articles L1225-30 et L1225-31) prévoit à la mère de disposer d’une heure par jour pendant ses heures de travail pour allaiter son enfant, c’est-à-dire pour tirer son lait ou l’ allaiter s’il est sur place ou qu’on lui amène, et ce jusqu’au un an de l’enfant.

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Cette heure peut être modulée sur 2 fois une demi-heure (article R1225-5). Selon les conventions collectives, cette heure n’est pas toujours payée.

Un jugement en faveur des femmes allaitantes

Quelques jours avant la fin de son congé maternité, Patricia Pasco apprend que son employeur, Séphora, entend lui faire suivre une formation de trois semaines à 170 km de chez elle.
Patricia refuse, car elle allaite son bébé matin et soir. A la suite de ce refus, Séphora licencie Patricia qui se lance alors, avec le soutien de la CFDT, dans une procédure pour licenciement abusif et vexatoire. Pour elle-même, « mais aussi dans l’intérêt collectif de rappeler ce droit à l’allaitement de toutes les salariées ».
Le 27 février 2001, dans un jugement qui fait désormais jurisprudence, le Conseil des prud’hommes de Brest lui a donné raison, en condamnant Séphora à payer 140 000 F pour non-respect de l’article L. 224.2 du Code du travail sur les pauses d’allaitement et du « droit au respect de la vie privée et familiale » (article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme).

Vous envisagez de reprendre le travail en allaitant votre bébé ou vous l’avez déjà fait, venez partager votre expérience !

1. Cohen R, Mrtek MB et Mrtek RG, Comparison of maternal absenteeism and infant illness rates among breast-feeding and formula-feeding women in two corporations, American Journal of Health Promotion 1995 ; 10(2) : 148-153 .
2. Valdés V et al, Infant illness, breast milk feeding and type of care among infants of working mothers, ABM News and Views 1999 ; 5(3) : 24.
3. Dubois L, Girard M, Breast-feeding, day-care attendance and the frequency of antibiotic treatments from 1,5 to 5 years : a population-based longitudinal study in Canada, Soc Sci Med 2005 ; 60(9) : 2035 -44.

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